économie

  A l’heure où le gouvernement rend public son plan d’investissement, Jean-Louis Levet préconise des solutions résolument offensives pour un projet productif fondé sur une politique ambitieuse et massive de l’investissement, afin de mettre fin à l’affaiblissement  continu de notre potentiel économique et humain.

Par Sébastien Julian (Reuter)

Depuis l'élection du nouveau Président, l'euro et les taux d'intérêt baissent. La France n'a jamais emprunté à un coût aussi bas. Du coup la charge de la dette risque de diminuer de plusieurs milliards.

François Hollande était censé provoquer l'angoisse des marchés. Son arrivée au pouvoir, synonyme de dépenses ruineuses et de clash avec l'Allemagne, devait faire remonter les taux d'intérêt à long terme. Mais il n'en est rien. C'est même l'inverse qui se produit ! Depuis l'annonce du résultat des élections, le 6 mai dernier, le taux d'emprunt de la France sur les marchés obligataires a baissé de 40 points de base. Le rendement des obligations à 10 ans est même tombé à 2,47%, le niveau le plus bas jamais enregistré.



François Hollande aurait-il des super pouvoirs? La réponse est évidemment négative. Le nouveau Président profite, indéniablement, d'un concours de circonstances. Depuis quelques semaines, la crise s'est accentuée dans les pays périphériques de la zone euro. La Grèce, qui refuse de continuer sur la voie de l'austérité, n'a pas réussi à former de gouvernement. La probabilité qu'elle sorte de la zone euro n'a jamais été aussi élevée. En Espagne, les banques sont criblées de dettes et la récession fait rage, ce qui fait exploser le taux de chômage. En Italie aussi la croissance cale en raison des mesures d'austérité et des réformes. Ces mauvaises nouvelles ont tendance à faire baisser l'euro sur le marché des changes. Elles incitent aussi les investisseurs à concentrer leurs achats d'obligations publiques sur les pays qui ont le moins de problèmes économiques, notamment l'Allemagne, les Etats-Unis... et la France. Et ce sont ces achats de titres qui font baisser les taux d'intérêt à long terme. "La détente actuelle des taux français n'est pas liée à la victoire de M. Hollande, mais à des facteurs hors de France. Paris est vu par défaut comme un placement très sûr face à ses voisins d'Europe du sud", commente ainsi Frédérik Ducrozet, économiste au Crédit Agricole.

Cependant, François Hollande n'est pas complètement étranger à l'embellie sur les marchés. Ses idées sur la croissance ont fait bouger les lignes sur le Vieux continent. Elles ont abouti à des mesures de relance qui, si elles ne suffisent pas à sortir l'économie de l'ornière, donneront en tous cas un peu d'air à l'activité. Par ailleurs, François Hollande s'est engagé à respecter les engagements budgétaires pris par son prédécesseur, à savoir un retour du déficit à 3% du PIB en 2013 et un retour à l'équilibre en 2017. Certes, de nombreux doutes subsistent sur la capacité du nouveau Président à tenir sa promesse. François Hollande devra sans doute modifier son programme pour y arriver. Mais en attendant d'en savoir plus, les agences de notation, maintiennent leur note, car elles considèrent que la trajectoire de réduction des déficits n'est pas encore modifiée. C'est pourquoi Moody's vient de confirmer le triple A de la France tout en l'assortissant de la même perspective négative que sous Nicolas Sarkozy.

Effet Hollande ou pas, la baisse des taux d'intérêt à long terme est une bonne nouvelle pour la France. Elle permet à l'Etat d'emprunter moins cher sur les marchés et donc de réduire la charge de la dette alors que le budget 2012 a été préparé sur la base d'un taux moyen d'emprunt de 3,7% sur l'année. Soit un point de plus qu'aujourd'hui. L'Agence France Trésor n'a pas encore fait ses calculs pour estimer les économies réalisées. Cependant, dans le projet de loi de finance rectificatif, qui date de février, les experts évaluaient déjà les gains liés à la baisse des taux d'intérêt à 700 millions d'euros. De quoi faire passer le service de la dette prévu pour 2012 de 48,8 milliards d'euros, à 48,1. Or cette estimation était extrêmement prudente. Elle ne tient pas compte de la baisse récente des rendements et elle ne se concentre uniquement sur les effets de la baisse des taux d'intérêt à trois mois. Sur ce segment, l'économie réalisée pourrait très bien dépasser 1,4 milliard d'euros, estime un rapport récent. En ajoutant l'effet positif de la baisse des taux d'intérêt à long terme, le montant final pourrait être démultiplié. En effet, la durée moyenne des titres de dette de l'Etat est supérieure à 7 ans.

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Par Guillaume Duval (via Terra Nova)

Nicolas Sarkozy a abondamment utilisé l'argument de la meilleure résistance de l'économie française à la crise, en comparaison de ses partenaires européens, pour faire la promotion de son action durant le quinquennat. Pourtant l'examen des indicateurs et bases des données (Eurostat, Ameco) permettant d'établir un benchmark européen révèle une réalité bien différente, détaillée par Guillaume Duval dans cette note. La France accuse un des déficits extérieurs les plus importants, trahissant une perte de compétitivité. Son marché du travail est dégradé, la rentabilité de ses entreprises a diminué. Surtout, elle figure parmi les pays où les inégalités ont le plus augmenté en Europe. Sur ce plan, l'action de Nicolas Sarkozy a eu un effet aggravant du fait de sa politique fiscale en faveur des plus aisés. Enfin, la France n'a guère brillé en matière d'économies d'énergie et de développement des énergies renouvelable.


Le quinquennat de Nicolas Sarkozy s'achève. Pour en dresser le bilan, nous avons choisi ici de comparer les performances de l'économie française sur cette période avec celles de ses voisins européens. Les cinq dernières années ont été marquées - nul ne l'ignore - par une crise d'une exceptionnelle gravité. Nicolas Sarkozy rappelle fréquemment que la France s'en serait mieux sortie que le reste de l'Europe grâce à son action. La réalité est assez différente.

Par Thierry Philippon (Nvel Obs)


L'Oréal, LVMH, Renault : le pouvoir d'achat des dirigeants des grands groupes ne recule pas, contrairement à celui de leurs salariés.


La crise ? Mais quelle crise ? La rémunération globale des patrons des grands groupes du CAC 40 s’est envolée de 34% pour atteindre 4,1 millions d’euros, selon le rapport annuel du cabinet Proxinvest, qui porte sur les salaires versés en 2010 et publiés en 2011.

Les patrons sont plus généreux avec eux-mêmes qu’avec leurs salariés : le pouvoir d’achat des français a reculé de 0,2%, en 2010 selon l’Insee.

Les plus gourmands sont les PDG des entreprises du luxe comme Jean-Paul Agon de L’Oréal (10,7 millions d’euros) et Bernard Arnault de LVMH (9,7 millions). Autres vedettes de la fiche de paie : Carlos Ghosn, qui empoche 9,7 millions, grâce à sa double présidence de Renault et Nissan ou encore le PDG de Danone , Franck Riboud (7,7 millions).

par Jean Peyrelevade.

Notre appareil productif souffre d'un défaut de compétitivité : notre désindustrialisation se poursuit, notre déficit de commerce extérieur s'aggrave, nos entreprises n'investissent pas assez, surtout en dépenses de recherche-développement et d'innovation produits. Ce diagnostic est largement partagé.

D'où l'idée, qui fait progressivement consensus, de redonner de l'oxygène à nos entreprises les plus exposées à la concurrence internationale en allégeant les charges sociales qui pèsent sur elles et en transférant une partie du fardeau directement sur les ménages. Ainsi, par exemple, des 35 milliards de cotisations à la branche famille de la Sécurité sociale, qui n'ont aucune raison d'être payés par les employeurs.