Par Thierry Philippon (Nvel Obs)


L'Oréal, LVMH, Renault : le pouvoir d'achat des dirigeants des grands groupes ne recule pas, contrairement à celui de leurs salariés.


La crise ? Mais quelle crise ? La rémunération globale des patrons des grands groupes du CAC 40 s’est envolée de 34% pour atteindre 4,1 millions d’euros, selon le rapport annuel du cabinet Proxinvest, qui porte sur les salaires versés en 2010 et publiés en 2011.

Les patrons sont plus généreux avec eux-mêmes qu’avec leurs salariés : le pouvoir d’achat des français a reculé de 0,2%, en 2010 selon l’Insee.

Les plus gourmands sont les PDG des entreprises du luxe comme Jean-Paul Agon de L’Oréal (10,7 millions d’euros) et Bernard Arnault de LVMH (9,7 millions). Autres vedettes de la fiche de paie : Carlos Ghosn, qui empoche 9,7 millions, grâce à sa double présidence de Renault et Nissan ou encore le PDG de Danone , Franck Riboud (7,7 millions).

En revanche, pas un banquier ou un assureur parmi les plus gros salaires. Comment les patrons font-ils pour recevoir autant d’argent ? En cumulant toutes sortes de revenus. Le salaire fixe ne représente qu’un quart de leurs émoluments. Il s’y ajoute une partie variable, en théorie liée aux résultats.

On peut y ajouter des distributions d’actions gratuites à go-go et enfin des jetons de présence et des avantages divers (voitures etc.). De mauvaises habitudes qui ont aussi gangréné le secteur mutualiste. Au Crédit Agricole, les dirigeants parisiens et ceux des caisses régionales sont logés aux frais de la banque.

C'était pire avant

Ces rémunérations vous choquent ? Et pourtant, les salaires des patrons français sont moins élevés qu’ils ne l’étaient au début des années 2000. A l’époque, les PDG du CAC 40 gagnaient en moyenne 6 millions d’euros par an, 50% de plus qu’aujourd’hui.

Certains se faisaient verser des sommes extravagantes. En 2003, Lindsay Owen-Jones, à l’époque, PDG de L’Oréal avait reçu 20,2 millions d’euros ; Bernard Charlès, qui dirige Dassault Systèmes 21,3 millions d’euros, soit 1.460 SMIC !

Une avidité européenne

L’avidité des PDG est une maladie qui a contaminé toute l’Europe. Proxinvest a mené une étude avec ses partenaires européens de l’ECGS sur 367 groupes européens. Verdict : les Français sont certes mieux payés que leurs homologues scandinaves.  Leurs gains représentent 150% de ceux des PDG du nord de l’Europe, les seuls qui soient raisonnables.

Mais les revenus des PDG français ne représentent que 50% de la rémunération des patrons anglais, 70% de celle des italiens et 80% de celle des espagnols ou des allemands, eux aussi mieux payés. Dans le reste de l’Europe, aussi, il semble impossible de stopper cette inflation salariale.

Comment contrôler les excès ?

La plupart de nos voisins ont pourtant instauré un vote annuel, consultatif ou impératif des actionnaires, en assemblée générale, rappelle le cabinet Proxinvest. Ce dispositif voté au Royaume-Uni en 2002, puis aux Pays-Bas en 2004 a gagné toute l’Europe, dont la Belgique et l’Allemagne, l’an dernier.

Il n’y a pas de miracle à attendre d’une telle réforme, même si elle est indispensable, car les actionnaires étrangers, souvent anglo-saxons détiennent parfois la majorité du capital des grands groupes tricolores. Et eux, ne sont pas choqués par des salaires élevés.

Cette mesure ne figure pas pour l’instant dans le projet de François Hollande. Le candidat socialiste a eu une autre idée prometteuse : il souhaite faire entrer des représentants des salariés dans les conseils d’administration et… les comités de rémunération, qui fixent les salaires des dirigeants. De beaux débats en perspective

  • Aucun commentaire trouvé