Par Guillaume Duval (via Terra Nova)

Nicolas Sarkozy a abondamment utilisé l'argument de la meilleure résistance de l'économie française à la crise, en comparaison de ses partenaires européens, pour faire la promotion de son action durant le quinquennat. Pourtant l'examen des indicateurs et bases des données (Eurostat, Ameco) permettant d'établir un benchmark européen révèle une réalité bien différente, détaillée par Guillaume Duval dans cette note. La France accuse un des déficits extérieurs les plus importants, trahissant une perte de compétitivité. Son marché du travail est dégradé, la rentabilité de ses entreprises a diminué. Surtout, elle figure parmi les pays où les inégalités ont le plus augmenté en Europe. Sur ce plan, l'action de Nicolas Sarkozy a eu un effet aggravant du fait de sa politique fiscale en faveur des plus aisés. Enfin, la France n'a guère brillé en matière d'économies d'énergie et de développement des énergies renouvelable.


Le quinquennat de Nicolas Sarkozy s'achève. Pour en dresser le bilan, nous avons choisi ici de comparer les performances de l'économie française sur cette période avec celles de ses voisins européens. Les cinq dernières années ont été marquées - nul ne l'ignore - par une crise d'une exceptionnelle gravité. Nicolas Sarkozy rappelle fréquemment que la France s'en serait mieux sortie que le reste de l'Europe grâce à son action. La réalité est assez différente.

La France a certes évité jusqu'ici le sort peu enviable de la Grèce, de l'Espagne ou de l'Irlande, mais elle fait moins bien que nombre de ses voisins. Et pas seulement l'Allemagne : la résistance de l'économie belge constitue, par exemple, un cas intéressant (et instructif). De plus, si la France a résisté à la crise, c'est plutôt malgré l'action de Nicolas Sarkozy que grâce à elle… L'importance des dépenses publiques et de la protection sociale, que le chef de l'Etat n'avait pas encore eu le temps de remettre vraiment en cause quand la crise a éclaté, a en effet notablement contribué à amortir le choc. Cela a notamment évité un bond trop important de l'épargne de précaution, comme ce fut le cas en Irlande et au Royaume-Uni, où ce phénomène a aggravé sensiblement la crise. Tandis que le soutien à l’activité via l’action discrétionnaire du gouvernement est, elle, restée en réalité très limitée à cause de l’ampleur du déficit public avant même la crise du fait des multiples cadeaux fiscaux consentis aux plus aisés depuis le début des années 2000.  
Le recul de l'emploi a été également moins marqué en France que dans d'autres pays européens. Mais, encore une fois, cette évolution ne doit pas grand-chose à l'action de Nicolas Sarkozy. La situation aurait même pu être nettement meilleure sur ce plan si son gouvernement n'avait pas continué à subventionner massivement les heures supplémentaires et supprimé 150 000 emplois publics. Ou s'il avait réellement relancé les emplois aidés. Si l'emploi a malgré tout moins baissé en France qu'en Espagne ou en Irlande, c'est surtout à cause de la relative rigidité du marché du travail hexagonal et grâce… aux 35 heures : elles ont en effet donné beaucoup plus de moyens  aux entreprises pour s'adapter à ces situations de crise sans devoir licencier. Il y a cependant un terrain sur lequel l'action propre de Nicolas Sarkozy a laissé une marque significative : les inégalités. D'après les données d'Eurostat, la France est en effet, avec l'Espagne, l'un des pays d'Europe où elles ont le plus progressé pendant la crise.
Et pour l'avenir, l'économie française est très fragilisée après cinq ans de présidence Sarkozy : les comptes extérieurs ont plongé dans le rouge, la rentabilité des entreprises s’est nettement dégradée et les finances publiques sont asphyxiées par les baisses d'impôts consenties aux entreprises et aux plus aisés. Tandis que la production des biens publics indispensables pour préparer l'avenir (santé, éducation, recherche…) est menacée par une rigueur excessive et mal menée. Pour ne rien arranger, malgré le Grenelle de l'environnement, le retard de la France s'est aussi accentué encore depuis cinq ans vis-à-vis de nos voisins en matière d'économies d'énergie et d'énergies renouvelables.
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