La mondialisation est en marche, qu’on le veuille ou non, or l’Europe (terme générique que nous employons au sens de l’Union européenne) occupe une place privilégiée à l’échelle des grands ensembles qui fondent l’équilibre du monde.

- La mondialisation a sorti de la pauvreté 500 millions d’humains, elle a permis la création de centaines de millions d’emplois dans le monde.

-Nous consommons les produits en provenance du monde entier sans même savoir qu’un produit français peut contenir différents composants étrangers.

-Nous n’habitons qu’une seule planète. A cet égard,  notre conscience collective est interpellée tant par les conséquences du réchauffement climatique, exprimées par la communauté scientifique mondiale (GIEC), que par la nécessité de préserver et protéger notre environnement.

- Les distances se réduisent. Nous communiquons instantanément et sans frontière par internet et les réseaux sociaux. Les populations se déplacent soit pour fuir des situations intolérables vécues dans leur pays d’origine soit par choix personnels (tourisme, études, échanges scientifiques et culturels).

 

Qu’il s’agisse du changement climatique, de la pauvreté, du sous emploi, du danger des extrémismes religieux, des inégalités hommes femmes, de la protection de l’environnement, ces problèmes fondamentaux demandent des solutions, non seulement au plan national mais aussi international. L’Europe a une place privilégiée à tenir par son histoire, sa culture, sa pratique de la démocratie.

En France, l’emploi est, à juste titre, au centre de nos préoccupations, accuser la mondialisation ne constitue pas une réponse. Dire que la mondialisation supprime des emplois chez nous c’est vrai et c’est faux. C’est vrai pour des activités à forte main d’œuvre et dépendant de processus industriels simples ou maîtrisés depuis longtemps (textile, acier). C‘est faux dans le sens où la France ne s’est pas suffisamment positionnée en regard du développement auxquels d’autres pays aspirent légitimement. Le débat sur le coût du travail non compétitif en France par rapport à l’étranger est un faux débat. Il y a et il y aura encore, pendant longtemps, des pays à bas coûts. Pourtant, l’Union européenne est déjà globalement excédentaire dans ses rapports avec le reste du monde. C’est donc parce que d’autres pays européens ont trouvé les adaptations nécessaires. Nous créerons plus de révoltes sociales que d’emplois en baissant les salaires. En revanche, pour rejoindre les pays d’Europe qui dégagent des excédents commerciaux il faut développer des produits et des services innovants et de qualité, investir dans les secteurs d’avenir. Pour faire simple : Il faut monter la qualité et non pas baisser les salaires.

De plus en plus de problèmes ne trouvent des solutions qu’au plan mondial (climat, migrations, partage de l’espace maritime, commerce mondial, trafics frauduleux en tous genres). Dans le cadre des institutions mondiales (Organisation des Nations Unies, Organisation Mondiale du Commerce etc.) les rapports de force évoluent en fonction de la montée en puissance de grands Etats.

Les pays européens, encore dominants sur la scène mondiale au début du 20ème siècle, sont individuellement relégués à un positionnement moindre et cette tendance s’accentue. Les USA, hier, aujourd’hui et longtemps encore, ont occupé et occupent une position forte. La Chine, le Brésil, l’Inde, La Russie, maintiennent, pour ce dernier, ou acquièrent, pour les autres, un poids croissant dans les décisions internationales. Dans cette évolution, l’Europe unie, premier ensemble économique mondial, peut tenir un rôle majeur sur le plan économique, politique et culturel (démocratie, liberté individuelle, laïcité, sécurité sociale etc.) si sa stratégie commune se renforce (défense, affaires étrangères, gouvernance économique et politique). A cet égard, la sortie de la GB de l’Europe serait une catastrophe.

Pour autant, elle est loin de nous, l’idée que l’ensemble des problèmes politiques ne trouveraient de solution qu’au plan international. Il serait vain d’opposer le local et le global, ces approches se complètent et non s’opposent, parce que, selon leur nature, les questions trouvent leur réponse à différents niveaux.

L’Union européenne, à une ou deux vitesses (les pays de la zone euro et les autres pays membres de l’Union) prend des décisions qui, pour beaucoup d’entre elles, ne présentent que des aspects techniques mineurs alors que d’autres, majeures, passent presque inaperçues (régulation bancaire) ou sont rejetées (constitution européenne) par les peuples. Ceci nécessite de s’arrêter sur les conditions de prise de décision qui laissent, aux gouvernements des pays membres, une large capacité d’intervention. C’est le conseil des ministres des pays membres qui décide des règlements.

A cet égard, Il est lamentable que, traditionnellement des responsables politiques, en France comme ailleurs, rejettent sur Bruxelles la responsabilité des effets négatifs d’une décision qu’ils ont prise conjointement contribuant, par cette attitude, à une mauvaise image de l’Europe. Les grandes décisions font aussi l’objet de référendum. L’Union ne relègue pas les Etats et les peuples à un plan second. Une grande part des décisions importantes pour notre vie quotidienne demeure de la compétence nationale que ce soit au niveau de l’Etat, des régions ou des collectivités locales de proximité. Notre culture, notre histoire, nos pratiques et coutumes ne s’opposent pas à l’édifice commun en construction. Au contraire, cette construction renforce notre capacité à défendre et garder nos acquis essentiels.

L’Union européenne connaît déjà 69 ans de paix intérieure. Dans notre histoire commune, ceci ne s’était jamais produit sur une aussi longue période. Ce n’est pas pour autant un acquis irréversible. Cela perdure parce que cette construction de l’Europe, même lente et chaotique, parfois source d’irritation, se poursuit malgré toutes les difficultés et particulièrement actuellement, alors que nous subissons les conséquences de la crise économique mondiale et libérale. Mais elle constitue une formidable source d’espérance pour ceux qui y accèdent ou sont à sa porte. Regardons l’actualité ! En Ukraine, le peuple est dans la rue parce que son gouvernement le prive d’Europe.

                                                                                                                                                             Alain Merckelbagh

  • Aucun commentaire trouvé